Comment préparer un émail
Comment acheter, stocker, peser et mélanger un émail, lui donner la bonne consistance, l’essayer sur votre propre terre, et noter assez d’informations pour le refaire.
Avant de commencer
Préparer un émail, c’est peser d’après une recette des matières premières en poudre (minéraux broyés, argiles et frittes, du verre fabriqué en usine puis broyé en poudre), puis les mélanger à l’eau pour obtenir un bain d’émail, un liquide épais fait de poudre en suspension dans l’eau. Ensuite, vous le tamisez, vous ajustez sa consistance, et vous l’essayez sur votre propre terre avant de vous y fier sur une pièce. Chaque chiffre de ce guide est un point de départ : la bonne quantité d’eau, la bonne consistance et le bon tamis pour votre émail sont ceux que vos essais indiquent, alors notez ce que vous faites et ce que vous obtenez.
Le matériel nécessaire
- Une balance précise à 0,01 g pour les essais et les colorants, et une plus grande pour les préparations de plusieurs kilos.
- Des récipients à couvercle : des récipients bas pour les matières sèches, des seaux pour l’émail. Derek Au garde ses émaux d’essai dans des pots à soupe à couvercle.
- Une cuillère propre pour chaque matière, pour qu’une poudre ne passe jamais dans une autre.
- Un outil pour mélanger : une perceuse avec une hélice de malaxage, ou pour les petits essais un mixeur réservé à l’émail. Un fouet fera l’affaire si vous n’avez rien d’autre.
- Des tamis, vendus au Royaume-Uni sous les noms de sieves et de lawns : 80 mesh, plus 100 ou 120 mesh pour les émaux avec colorants.
- Une éprouvette graduée ou une seringue de 100 mL, pour mesurer la densité.
- Des étiquettes, un marqueur indélébile et un carnet, ou les notes et les relevés de cuisson de Glazecalc.
- Des tessons d’essai faits avec la terre que vous allez émailler.
- Un masque de protection respiratoire, des gants en caoutchouc, une éponge et une serpillière.
La poudre d’émail sèche présente un risque lié aux poussières. La silice cristalline peut représenter de 10 à 60 % d’un émail sec, et le Health and Safety Executive (HSE) britannique avertit que sa poussière est invisible à la lumière normale. Prélevez la poudre doucement, sans la faire tomber de haut, gardez les couvercles fermés, mouillez la poudre dès que possible, et nettoyez à l’humide, jamais au balai. Portez un masque de protection respiratoire bien ajusté tant que les poudres sont sèches (N95 ou P100 aux États-Unis, FFP2 ou FFP3 au Royaume-Uni et dans l’UE, P2 ou P3 en Australie et en Nouvelle-Zélande). Le guide Préparation en sécurité et ventilation traite en détail de la poussière, des masques et du nettoyage.
Achat des matières
Où acheter
Les céramistes achètent chez des fournisseurs pour la céramique, qui vendent de la terre, des matières pour émaux et des outils. Le tableau en présente quelques-uns pour votre pays, chacun vérifié sur le site du magasin lui-même, et vous pouvez choisir un autre pays pour voir ses magasins. Les stocks changent : vérifiez avant de commander. Les grands producteurs comme Sibelco et Imerys vendent à l’industrie ; les céramistes achètent leurs matières dans des magasins comme ceux-ci. Pour les autres pays, le site de référence en céramique Digitalfire tient un annuaire des magasins de fournisseurs.
| Magasin | Produits vendus | Conditionnements relevés | Matières relevées, sous les noms du magasin |
|---|---|---|---|
| Solargil Moutiers-en-Puisaye | matières premières pour émaux, oxydes et terres | 1 kg, 5 kg et 25 kg | Feldspath potassique FEL-K; Kaolin pulvérisé; Carbonate de chaux; Silice 400 |
| Ceradel Panazol (Limoges) | matières premières pour émaux, frittes, oxydes, terres et fours | 1 kg, 5 kg et 25 kg | Feldspath potassique FP325; Kaolin A (Polwhite KL); Silice C 400; Carbonate de chaux (craie) |
| Céram Décor Saint-Genis-Laval (Lyon) | matières premières pour émaux, oxydes, émaux prêts à l’emploi et fours | 1 kg, 5 kg et 25 kg | Feldspath potassique ICE 10 C200; Kaolin B Prodesco; Silice 200 Vicar; Carbonate de calcium Prodesco |
| Peter Lavem Chennevières-sur-Marne | matières premières pour émaux, oxydes, terres et fours | 1 kg, 5 kg et 25 kg | Feldspath sodique MAT125; Feldspath potassique Norflux; Quartz - Silice MAT132 |
Vérifié sur : solargil.com, ceradel.fr, ceram-decor.fr et peterlavem.fr.
Quelle quantité acheter
Le sac standard pèse 50 lb (22,7 kg) aux États-Unis et 25 kg (55 lb) ailleurs : les deux sont donc presque identiques. Beaucoup de fournisseurs vendent aussi des sachets de 1 ; 2,5 ou 5 kg (environ 2,2 ; 5,5 ou 11 lb) pour les essais. Glazy, la base de données de recettes ouverte, conseille d’acheter les matières que vous utilisez régulièrement (feldspath, silice, kaolin, carbonate de calcium, et fritte pour la moyenne température) en sacs entiers, souvent 20 à 30 % moins chers. Achetez les colorants, les oxydes métalliques et les pigments qui colorent un émail, en petites quantités : la plupart s’emploient à moins de 5 %. Les exemples de listes d’achat de Glazy revenaient à environ 515 $ pour la moyenne température et 397 $ pour la haute température, aux prix américains.
Un assortiment de départ
La liste de base de Glazy, pour toutes les températures : silice, kaolin, feldspath, carbonate de calcium, oxyde de zinc, et dolomie ou talc. La plupart des émaux de moyenne température (cônes 5 à 6) ont aussi besoin de bore, en général apporté par une fritte, que Glazy décrit comme « régulière et moins soluble que les borates naturels ». L’assortiment ci-dessous est notre suggestion, tirée de la liste de Glazy et d’une liste publiée sur un forum. Le guide Les principes de base de l’émaillage explique le rôle de chaque matière.
| Matière | Ce qu’il faut acheter |
|---|---|
| Silice (appelée flint en anglais ; voir plus bas) | 325 mesh, la mouture la plus fine, celle que Glazy préfère pour les émaux |
| Kaolin (china clay au Royaume-Uni) | EPK aux États-Unis ; Grolleg ou un autre china clay au Royaume-Uni ; kaolin NZ en Nouvelle-Zélande |
| Feldspath potassique | Celui qui est vendu actuellement là où vous vivez, comme le Mahavir aux États-Unis |
| Néphéline syénite | N’importe laquelle ; Glazy note son pouvoir fondant plus fort, souvent mis à profit en basse et moyenne température |
| Carbonate de calcium | N’importe lequel |
| Talc | N’importe quelle qualité sans amiante ; vérifiez sa FDS (voir « Préparation en sécurité et ventilation ») |
| Une fritte boratée, pour la moyenne température | Ferro 3134, 3124 ou 3195 ; au Royaume-Uni, Potterycrafts P3124 ou P3195 |
| Bentonite et colorants | En petites quantités |
Fiches techniques et fiches de données de sécurité
Demandez deux documents pour chaque matière. La fiche technique (FT) donne son analyse chimique : la part de chaque oxyde dans la poudre, en poids. Glazecalc travaille à partir de ces analyses, et vous pouvez ajouter une matière d’après l’analyse d’un fournisseur sur la page Matières. La fiche de données de sécurité (FDS) indique comment manipuler la poudre crue. Gardez chaque FDS, et lisez-la avant de mélanger.
Les analyses sont des moyennes, pas des promesses. Valentine Clays imprime « VALEURS MOYENNES. ELLES NE CONSTITUENT PAS UNE SPÉCIFICATION » sur la fiche technique de son flint (silex), et les analyses du Custer feldspar relevées par Glazy pour différentes années vont d’environ 68,5 % à 72,4 % de silice. Nous vous suggérons de noter le numéro de lot de chaque sac (son code de fabrication) dans vos notes, pour savoir si un changement dans un émail éprouvé vient de la matière.
Le HSE avertit que la silice cristalline « peut être étiquetée à tort comme “silice amorphe” ». Et une FDS porte sur la poudre, pas sur la pièce : elle ne dit pas si un émail cuit est apte au contact alimentaire. Seul un test de relargage en laboratoire sur la pièce cuite peut le montrer.
Les noms changent : achetez d’après la chimie
Les marques apparaissent et disparaissent au fil des fermetures de mines. Le Custer feldspar, extrait dans le Dakota du Sud pendant plus de 75 ans, s’est épuisé fin 2023. Quand Clay Art Center est passé au G-200 AU et au Mahavir, environ la moitié de ses émaux ont dû être ajustés. Le G-200 et le G-200 HP ont eux aussi disparu, et Laguna importe désormais le Mahavir, dont la chimie est proche de celle du G-200.
Le Gerstley Borate, un minéral de bore naturel présent dans beaucoup de recettes anciennes, est rare depuis la fermeture de sa mine en 2000, même si New Mexico Clay a signalé en novembre 2025 que Laguna fournissait du « Gerstley Borate Original ». Les sources ne s’accordent pas sur le Gillespie Borate comme produit de remplacement. Son fabricant le vend comme remplaçant poids pour poids. Berkeley Potters Studio affirme qu’il « n’est pas un substitut direct », et Digitalfire a constaté qu’il changeait la couleur d’un émail. Le plus sûr est de comparer les deux par leurs oxydes, puis de faire un essai.
Les noms varient aussi selon les régions. En Amérique du Nord, flint (silex), quartz et silica désignent la même silice broyée, et Digitalfire précise que vous ne trouverez probablement pas de vraie poudre de silex chez les fournisseurs. Au Royaume-Uni, le flint est un produit à part : celui de Valentine est de la silice calcinée (chauffée). Les deux sont de la silice presque pure, ils devraient donc être proches à notre avis, mais vérifiez l’analyse. Pour le kaolin, Glazy indique que les substitutions une pour une, comme de l’EPK à la place d’un china clay, « fonctionnent souvent très bien, surtout quand les quantités sont <10 % ».
Beaucoup de recettes citent des matières vendues dans un pays et pas dans un autre. Le tableau ci-dessous prend chaque matière de la bibliothèque de Glazecalc qui n’est pas vendue là où vous achetez, et trouve la plus proche de la même catégorie qui y est vendue, d’après leurs analyses. Le chiffre indique l’écart entre les deux : les grammes dont diffèrent leurs oxydes après cuisson, pour 100 g de matière, additionnés sur l’ensemble des oxydes. Jusqu’à environ 15 g d’écart, l’une peut en général remplacer l’autre lors d’un premier essai. Les noms portent les propres codes des fabricants et des magasins : vous pouvez donc les demander par leur nom.
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Glazecalc compare les matières par ce qu’elles apportent à l’émail cuit, pas par leur nom. Une recette contenant une matière qui n’est plus fabriquée indique ce qu’on utilise aujourd’hui. Proposer des quantités et comparer recalcule les quantités pour un substitut, et Adapter à mes matières refait la recette avec les matières de votre stock. Les deux ne font correspondre que les oxydes après cuisson : essayez donc d’abord une petite préparation.
Stockage des matières et des émaux
Matières sèches
Gardez les poudres au sec, dans des récipients à couvercle qui restent fermés quand vous ne prélevez rien ; Glazy conseille des récipients hermétiques. Préférez des récipients bas aux bacs profonds : le HSE note qu’un bac profond oblige à se pencher dedans, et que la poussière tombe de plus haut. Rangez-les sur une étagère, pour pouvoir passer la serpillière dessous. Le carbonate de soude et la Cornish stone absorbent l’humidité de l’air. Un potier d’un forum les sèche sur une plaque à pâtisserie à environ 50 °C (122 °F), et avertit que les seaux de peinture à paroi fine peuvent se fendre dans un garage où il gèle. Nous vous suggérons de garder les matières solubles (carbonate de soude, borax, carbonate de lithium, et borates naturels comme le Gerstley Borate) dans des récipients hermétiques, à l’intérieur.
Émaux préparés
Un émail en seau ne cesse d’évoluer. Les matières peu solubles (néphéline syénite, carbonate de lithium, Gerstley Borate, colémanite, carbonate de strontium, et les frittes en général) modifient avec le temps sa fluidité et peuvent y faire croître de petits cristaux, surtout dans une pièce chaude. Le Gerstley Borate gélifie le bain, « même à des pourcentages plus faibles ». Une eau brunâtre au-dessus d’un émail déposé, c’est du fer dissous : videz-la et remplacez-la par de l’eau propre. À prévoir aussi :
- Dépôt dur : un émail préparé assez épais pour se passer d’additifs forme souvent une couche dure en se déposant. Le diluer et le gélifier aide (voir Densité).
- Odeurs, dues aux microbes qui se nourrissent des gommes comme la CMC. Un émail qui sent mauvais reste utilisable s’il s’applique bien.
- Congélation : mettez les seaux à l’abri du gel. Faites dégeler un seau gelé à température ambiante, et vérifiez qu’il n’est pas fendu.
Ne reversez pas d’émail déjà utilisé dans le seau de réserve, et n’y trempez pas de pinceaux. Avant d’utiliser un émail stocké, remuez-le, mesurez de nouveau sa densité, et tamisez-le s’il contient des grumeaux ou des cristaux.
Étiquettes
Étiquetez chaque seau au marqueur indélébile. Zakin, dans un article pour Ceramic Arts Network, y fait figurer le nom de l’émail, sa recette complète avec les colorants, le cône, la date et, dans un atelier partagé, vos initiales. Nous vous suggérons d’ajouter la densité cible et, le cas échéant, le sel d’Epsom ou la CMC ajoutés. UT Austin utilise aussi un code couleur : seaux orange pour la basse température, blancs pour la moyenne température. Considérez un émail sans étiquette comme pouvant contenir du plomb, et ne l’utilisez pas sur des pièces destinées au contact alimentaire.
Pesée
Pourcentages et préparations
Une recette donne chaque matière en pourcentage du poids sec. Les matières principales totalisent en général 100, et les colorants s’y ajoutent souvent en plus. Pour faire une préparation, la quantité que vous mélangez en une fois, multipliez chaque chiffre par la taille de la préparation divisée par 100. Pour 5000 g, UT Austin multiplie par 50 : une matière à 4 % devient 200 g.
Sur une page de recette, Calculer une préparation fait la multiplication : saisissez 500 g, par exemple, et chaque quantité devient des grammes à peser, ou des livres et des onces si vous les choisissez sous Paramètres. Imprimer peut ne donner qu’une liste de pesée, avec un cumul pour peser dans un seul seau et une case à cocher à côté de chaque matière.
Choisissez une balance adaptée à votre plus petite quantité
La résolution d’une balance, le plus petit écart qu’elle affiche, limite la plus petite quantité que vous pouvez bien peser. Dans un essai de 100 g, un colorant à 0,5 % représente 0,5 g. Une balance précise à 0,1 g peut se tromper de 0,05 g, soit environ 10 % de cette quantité ; pour 0,15 g, l’erreur est d’environ un tiers. C’est notre propre calcul, mais il montre pourquoi les colorants demandent une balance plus fine.
Les avis divergent sur la finesse de balance nécessaire. Derek Au a trouvé une balance numérique bon marché d’une portée de 200 g systématiquement inexacte. Il recommande une balance de 200 g précise à 0,01 g si vous n’en achetez qu’une, et juge une bonne balance à trois fléaux « bien plus fiable qu’une balance numérique bon marché ». Le choix sûr, à notre avis : 0,01 g pour les essais (50 à 200 g) et les colorants, et une balance de table précise à 0,1 g ou 1 g pour les préparations de 1 kg (environ 2 lb) et plus. Vérifiez les deux de temps en temps avec une masse étalon.
Pesez dans l’ordre, et cochez chaque matière
- Vérifiez que vous avez assez de chaque matière.
- Mettez votre masque de protection respiratoire. Vérifiez que la balance est propre et de niveau.
- Posez le récipient vide sur la balance et appuyez sur tare, ce qui remet l’affichage à zéro : vous ne pesez ainsi que ce que vous ajoutez.
- Pesez chaque matière tour à tour avec sa propre cuillère propre, refermez chaque récipient avant d’ouvrir le suivant, et cochez chaque matière dès qu’elle est versée.
Derek Au pèse dans un seul bol, en tas séparés, pour pouvoir retirer une erreur à la cuillère. Si vous pesez dans un seul seau sans tarer entre les matières, le cumul de Glazecalc vous indique ce que la balance doit afficher après chacune.
Mélange et tamisage
Quelle quantité d’eau
Les sources ne sont pas d’accord. Derek Au commence avec un bain épais, à 50 mL d’eau pour 100 g de poudre, et en ajoute plus tard. Potterycrafts indique 65 mL pour 100 g pour l’un de ses émaux en poudre. UT Austin utilise des poids égaux d’eau et de poudre, et quand Digitalfire a mis 20 kg de poudre dans 20 kg d’eau, il a mesuré une densité de 1,46.
L’eau s’ajoute vite mais se retire lentement : commencez donc avec peu. Notre estimation : partez d’environ 70 à 80 mL pour 100 g (700 à 800 mL par kilogramme, soit environ 11 à 12 fl oz US par livre). Laissez détremper, mélangez et tamisez à cette consistance, puis ajoutez de l’eau petit à petit jusqu’à obtenir la bonne densité. 1 mL d’eau pèse 1 g : vous pouvez donc la peser. Si vous en mettez trop, laissez l’émail se déposer, puis retirez l’eau claire du dessus à l’éponge ou en la versant.
Outils et eau
- Mélangeur à hélice. Digitalfire juge qu’un bon mélangeur est « indispensable ». Une perceuse filaire avec une hélice de malaxage fait l’affaire dans un seau. UT Austin le fait tourner au moins 4 à 5 minutes après que l’émail semble mélangé, et garde la pale loin du seau, dont elle peut racler du plastique.
- Mixeur. Il « fonctionne extrêmement bien pour les petites préparations » (Digitalfire). Réservez-le à l’émail : il ne doit jamais retourner à la cuisine.
- Fouet ou bâton. Le choix de Zakin quand il n’y a pas de mélangeur.
L’eau varie aussi, et Digitalfire note qu’elle modifie le comportement d’un bain. Derek Au utilise de l’eau osmosée, car l’eau de son robinet est dure. Quelle que soit l’eau que vous utilisez, notez-la.
Étape par étape
- Mettez votre masque de protection respiratoire, et des gants en caoutchouc si vos mains doivent aller dans le seau. Zakin porte un masque du début de la pesée jusqu’à ce que l’émail soit mouillé.
- Mesurez environ 70 à 80 mL d’eau pour 100 g de poudre et versez-les dans le seau.
- Ajoutez doucement la poudre pesée, de faible hauteur. UT Austin verse la poudre dans de l’eau tiède ; Zakin et Au versent l’eau sur la poudre. Nous vous suggérons de verser la poudre dans l’eau, ce qui fait moins voler de poussière, sauf pour une recette riche en bentonite : mélangez d’abord ses poudres sèches entre elles.
- Laissez détremper la poudre : elle doit s’imbiber sans être remuée. Digitalfire attend environ 20 minutes. Les poudres qui contiennent une gomme ou un liant doivent reposer une nuit.
- Mélangez jusqu’à ce qu’il ne reste ni poche sèche ni grumeau.
- Tamisez deux fois (voir plus bas).
- Couvrez et laissez reposer une nuit, puis mélangez de nouveau et vérifiez qu’il n’y a pas de couche dure au fond.
- Mesurez la densité, et ajoutez de l’eau petit à petit pour atteindre votre cible.
- Étiquetez le seau, et notez ce que vous avez fait.
- Nettoyez à l’humide : passez la serpillière et essuyez toutes les surfaces, y compris l’extérieur des récipients de matières.
Tamisage
Un tamis est une toile à mailles tendue sur un cadre. Faire passer l’émail au travers avec un pinceau brise les grumeaux que le mélange laisse et retient les particules qui donneraient des points à la cuisson. Plus le nombre de mesh est élevé, plus la toile est fine : un 80 mesh a des ouvertures d’environ 0,18 mm, et un 100 mesh d’environ 0,15 mm.
Les sources recommandent des mailles différentes. Zakin tamise deux fois à 50 ou 80 mesh. Derek Au utilise 120 mesh pour la plupart des émaux, surtout ceux qui contiennent du cobalt ou du fer : trois passages à 80 mesh laissaient encore des points de fer dans un céladon, et un seul passage à 120 mesh a réglé le problème. Il garde le 60 à 80 mesh pour les émaux de cendre et les autres émaux à matières grossières. Potterycrafts, au Royaume-Uni, conseille 60 à 80 mesh. Un choix sûr par défaut :
| Émail | Tamis |
|---|---|
| La plupart des émaux | Deux passages à 80 mesh |
| Émaux avec des colorants comme le cobalt ou le fer | 100 à 120 mesh |
| Émaux de cendre, et autres émaux à matières grossières | 60 à 80 mesh |
Densité
La densité (SG) indique la quantité de poudre dans votre bain. C’est le poids d’un volume d’émail divisé par le poids du même volume d’eau. L’eau est à 1,00, et un émail à SG 1,45 pèse 145 g pour 100 mL. Préparer l’émail à une densité mesurée permet d’obtenir chaque fois la même consistance, et la même couche. Elle n’a pas d’unité : elle est la même en grammes ou en onces.
Mesurez-la en pesant 100 mL
- Remuez l’émail pour que rien ne reste déposé au fond.
- Posez sur la balance une éprouvette graduée de 100 mL (un tube de mesure haut et gradué) ou une seringue de 100 mL, et faites la tare.
- Remplissez-la d’émail exactement jusqu’à 100 mL, en lisant le trait à hauteur des yeux.
- Pesez-la et divisez les grammes par 100 : 145 g correspondent à une densité de 1,45.
Digitalfire marque aussi sur un gobelet le niveau de 500 g d’eau, le remplit d’émail jusqu’au trait, et divise le poids par 500 ; une mesure plus grande et bien remplie est plus précise. Un densimètre, un flotteur qu’on lit au niveau où il s’enfonce dans l’émail, est rapide mais peut donner une lecture fausse dans les émaux épais ou gélifiés. Les densimètres britanniques, comme celui de Potclays, sont gradués en degrés Baumé (°Bé). D’après notre calcul, densité = 145 ÷ (145 − °Bé) : 46 °Bé correspondent donc à environ 1,46. Les anciens livres britanniques donnent un poids de la pinte, le nombre d’onces dans une pinte impériale d’émail : divisez-le par 20 ; 29 oz correspondent ainsi à une densité d’environ 1,45 (là encore, notre calcul).
Quelle densité viser
Les sources divergent, surtout pour l’application au pinceau et au pistolet, où le fournisseur britannique Potclays donne des chiffres bien plus élevés (il les donne lui-même « à titre indicatif seulement »). Prenez chaque chiffre comme un point de départ. Le conseil essentiel de Digitalfire : trouver la densité et la gélification qui conviennent à chaque émail, puis les reproduire et les noter.
| Application | Digitalfire et Glazy | Potclays (Royaume-Uni) | Point de départ sûr |
|---|---|---|---|
| Trempé | De SG 1,40 (pour un trempage de 5 secondes) à SG 1,50 (pour un trempage de 1 seconde) ; les émaux préparés soi-même et gélifiés donnent le meilleur résultat à SG 1,43–1,45 | Transparent SG 1,46–1,48 ; coloré SG 1,61 | SG 1,45 ; s’il goutte, diluez à SG 1,43 et gélifiez-le |
| Pinceau | De SG 1,25 (transparent fluide) à SG 1,55 (détails sombres) | SG 1,71–1,81 | Suivez les indications du produit ; utilisez de la CMC ou un médium pour pinceau |
| Pistolet | Pas de chiffre ; Hopper, dans un article pour Ceramic Arts Network, conseille un émail beaucoup plus dilué, avec un défloculant (un additif qui rend un bain plus fluide) | SG 1,71 | Pas de chiffre fiable ; n’émaillez au pistolet que dans une cabine d’émaillage |
Pour vérifier à l’œil un émail pour le trempé, AMACO trempe 5 secondes et cherche une couche à peu près aussi épaisse qu’une pièce américaine de dix cents. Digitalfire cuit des tessons d’essai trempés 5 secondes pour vérifier.
L’eau pour une densité cible : notre estimation
Le tableau ci-dessous est notre propre calcul, pas celui d’une source. Il suppose que les particules de la poudre ont une masse volumique de 2,6 g par cm³, ce qui est une hypothèse, pas une mesure. L’argile, les matières solubles et la gélification modifient toutes un émail réel : servez-vous-en pour commencer, puis mesurez. À titre de vérification, il prévoit SG 1,44 pour des poids égaux de poudre et d’eau, proche de la mesure de Digitalfire, SG 1,46. Il montre aussi qu’avec 70 à 80 mL pour 100 g, vous partez au-dessus de SG 1,50, plus épais que nécessaire.
| Cible | Pour 100 g de poudre | Par kilogramme | Par livre |
|---|---|---|---|
| SG 1,40 | environ 115 mL | environ 1150 mL | environ 18 fl oz US |
| SG 1,45 | environ 98 mL | environ 980 mL | environ 15 fl oz US |
| SG 1,50 | environ 85 mL | environ 850 mL | environ 13 fl oz US |
| SG 1,60 | environ 64 mL | environ 640 mL | environ 10 fl oz US |
Sel d’Epsom, CMC et bentonite
Le sel d’Epsom (sulfate de magnésium) fait légèrement gélifier un émail au repos, qui redevient fluide quand on le remue. On appelle cela floculer l’émail, et un émail qui se comporte ainsi est thixotrope : il s’applique plus régulièrement, goutte moins et se dépose moins. Digitalfire conseille de commencer à environ 2 g par gallon une fois la densité correcte (à peu près 0,5 g par litre, selon notre conversion), et d’ajuster la quantité à chaque préparation, car aucune recette ne devrait fixer la dose. Nous vous suggérons de le dissoudre d’abord dans un peu d’eau chaude. Dans un exemple de Digitalfire, un émail à SG 1,45 gouttait : de l’eau l’a ramené à SG 1,43, le sel d’Epsom l’a gélifié pour lui rendre une consistance crémeuse, et il s’est appliqué régulièrement. Un test approximatif : remuez, arrêtez et observez. Un émail gélifié continue de tourner environ 2 ou 3 secondes, puis s’arrête et revient un peu en arrière.
La gomme CMC (carboxyméthylcellulose) rend un bain plus collant et plus lent à sécher, et laisse une couche plus dure qui adhère à la pièce. Elle compte surtout pour les émaux au pinceau et les émaux riches en fritte. L’exemple de Digitalfire en incorpore 3,75 g dans 1000 g de bain, et elle doit être ajoutée au mixeur. Un émail contenant de la CMC ne gélifie pas avec le sel d’Epsom, et comme les microbes se nourrissent de la gomme, il peut changer dans le seau et se mettre à sentir mauvais.
La bentonite, une argile très fine, aide à maintenir les autres particules en suspension. Les émaux pour le trempé comptent en général pour cela sur 15 à 25 % d’argile crue. Pour une recette pauvre en argile, environ 1 à 3 % de bentonite aide ; selon Digitalfire, un émail contenant plus de 15 % d’argile ne devrait pas demander plus de 1 % de bentonite par rapport au poids de l’émail sec.
Tessons d’essai et essais en ligne
Commencez petit
Derek Au progresse en trois étapes : un essai de 50 ou 100 g, puis une préparation de 1 à 2 kg si cela fonctionne, puis une préparation d’atelier de 5 à 10 kg. Selon notre estimation, un essai de 100 g à SG 1,45 donne environ 135 mL (environ 4½ fl oz US) de bain, assez pour tremper quelques petits tessons dans un gobelet étroit.
Essayez sur votre propre terre
Un émail peut avoir un tout autre aspect sur une autre terre ou dans un autre four : Clay Art Center a essayé chacun de ses émaux reformulés sur quatre terres, au cône 6 et au cône 10. Le guide de Potclays pour débuter dans les essais d’émaux conseille :
- 6 à 10 tessons d’essai (de petites pièces pour essayer un émail) dans la terre que vous utiliserez vraiment, en notant s’ils sont biscuités ou crus et complètement secs
- un seul changement à la fois
- un trempage simple et un double trempage, pour voir l’émail en couche fine et en couche épaisse
- tous les tessons dans le même enfournement
- une marque sur chaque tesson avant cuisson, au tampon, par gravure ou au crayon céramique.
Nous vous suggérons des tessons qui tiennent debout, car un tesson à plat cache jusqu’où un émail coule, avec une bande texturée pour montrer comment l’émail casse sur les arêtes, et un pied non émaillé. Posez chacun sur une petite coupelle, un morceau de biscuit ou de l’engobe pour plaques, pour recueillir les coulures. Placez un cône témoin, un petit cône en céramique qui se courbe quand il a reçu assez de chaleur, près des tessons pour montrer ce qu’ils ont reçu ; le guide Cuire dans un four simple explique les cônes. Donnez à chaque tesson un code court, et notez-le en face de la recette dans vos notes. Willers, dans un article pour Ceramic Arts Network, utilise des chiffres et des lettres, et note le système lui-même au début du carnet.
Essais en ligne
Un essai en ligne est une série d’essais qui va, par étapes égales, d’un mélange à un autre : d’un émail à un second, ou d’un émail de base au même émail avec plus de colorant. Derek Au, par exemple, fait varier l’oxyde de fer dans une base transparente par incréments de 1 %. Une méthode volumétrique associée à Ian Currie fait gagner du temps, car vous ne préparez que les deux extrémités :
- Préparez les deux émaux d’extrémité, A et B, en préparations de même taille, et tamisez-les tous les deux.
- Ajoutez de l’eau à celui qui a le moins de volume, jusqu’à ce que les deux aient exactement le même volume humide.
- Remuez-les tous les deux, puis, à la seringue, prélevez chaque mélange dans son propre gobelet numéroté.
- Remuez chaque gobelet et trempez-y un tesson.
Dans notre exemple détaillé, A correspond à 100 g d’une base transparente, et B à la même base avec 4 g d’oxyde de fer rouge en plus (un ajout de 4 %). Chaque millilitre de B contient la même part de base qu’un millilitre de A, plus son fer : les gobelets passent donc de l’absence de fer à 4 %, par pas de 1 %. Chaque extrémité fournit 100 mL à l’essai, ce qu’une préparation de 100 g couvre selon notre estimation.
| Gobelet | Base transparente (A) | Base avec 4 % de fer (B) | Oxyde de fer, % de la base |
|---|---|---|---|
| 1 | 40 mL | 0 mL | 0 |
| 2 | 30 mL | 10 mL | 1 |
| 3 | 20 mL | 20 mL | 2 |
| 4 | 10 mL | 30 mL | 3 |
| 5 | 0 mL | 40 mL | 4 |
La méthode demande des calculs soigneux, des extrémités bien mélangées et de densité égale, et une balance précise. Derek Au fait aussi ses mélanges au poids plutôt qu’au volume. Un essai triaxial fait de même avec trois extrémités, disposées en triangle.
Quand une étape paraît prometteuse, Enregistrer une copie sur la page de recette la garde comme une recette à part entière et laisse la recette d’origine telle quelle.
Prise de notes
Willers résume bien l’objectif : « assez d’informations pour pouvoir reproduire, ou éviter, les résultats que vous avez découverts ». Notez ce que vous comptez essayer avant de commencer, et les résultats au défournement. Potclays y ajoute l’application, l’épaisseur, la terre et la cuisson complète, avec les rampes, les paliers et le refroidissement. Une rampe est une vitesse de chauffe ou de refroidissement, par exemple 60 °C (108 °F) par heure, et un palier maintient le four à une même température pendant une durée fixée. Notez les numéros de lot, l’eau utilisée et toute substitution : le changement de feldspath chez Clay Art Center l’a obligé à ajuster environ la moitié de ses émaux.
| Partie | Ce qu’il faut noter |
|---|---|
| Recette | La recette et sa version ; les marques et numéros de lot des matières ; les éventuelles substitutions |
| Mélange | Date ; taille de la préparation ; eau ajoutée, et son type (robinet, osmosée ou distillée) ; densité après mélange et densité finale ; sel d’Epsom, CMC et bentonite ajoutés ; maille du tamis et nombre de passages |
| Application | Terre ; cône du biscuit ; au trempé, au pinceau ou par arrosage ; temps de trempage ou nombre de couches ; épaisseur à sec |
| Cuisson | Four et position sur les plaques ; courbe de cuisson, avec ses rampes, paliers et refroidissement ; atmosphère (oxydation ou réduction) ; ce qu’a montré le cône témoin, pas seulement ce qui était programmé sur le four |
| Résultat | Surface et couleur ; coulures, tressaillage ou trous d’épingle éventuels ; photos de face, de dos et de profil ; le code du tesson d’essai |
Dans Glazecalc, une recette enregistrée contient la recette elle-même. Un relevé de cuisson consigne chaque cuisson : le four, la date, les horaires, les températures, les cônes et des notes. Les notes gardent tout le reste, comme la fiche de préparation ci-dessus et ce que chaque tesson a montré.
Sources
- Glazy : Raw materials
- Glazy : Specific gravity
- Digitalfire : Specific gravity
- Digitalfire : Epsom salts
- Digitalfire : CMC gum
- Digitalfire : Dipping glaze
- Digitalfire : Bentonite
- Digitalfire : Water solubility
- Digitalfire : Gerstley Borate
- Digitalfire : Mahavir potash feldspar
- Digitalfire : Flint
- Clay Art Center : The end of an era, the extinction of Custer feldspar
- Berkeley Potters Studio : What the flux, novembre 2023
- New Mexico Clay : Gerstley Borate Original
- Ceramic Arts Network : Glaze chemistry 101, a quick course on mixing ceramic glazes (Zakin)
- Ceramic Arts Network : How to keep good records when testing ceramic glazes (Willers)
- Ceramic Arts Network : 8 ways to apply glaze (Hopper)
- Derek Au : Mixing test glazes
- Derek Au : Digital scales for weighing glazes
- Derek Au : Triaxial testing
- Wiki céramique de UT Austin : How to mix glazes
- Potclays : The beginner’s guide to glaze testing
- Potclays : Glaze hydrometer
- Potterycrafts : Nordic Blue Mist powder glaze
- HSE : Glaze and colour preparation (CR1)
- Valentine Clays : Flint technical data sheet
- Forum Ceramic Arts Daily : Ian Currie test tiles